Il y a un exercice que je fais systématiquement au début d'un projet de lobby d'hôtel : je demande au client de me décrire trois lobbies dans lesquels il s'est senti bien. Pas les plus beaux, pas les plus photographiés. Ceux dans lesquels il a eu envie de s'asseoir, de rester, de revenir. La réponse ne parle jamais d'esthétique en premier. Elle parle de lumière, de hauteur de plafond, de l'endroit où était placé le canapé, de si on pouvait voir l'entrée depuis n'importe quel siège.
Le lobby d'un hôtel boutique est la seule pièce d'un bâtiment qui doit être simultanément un espace public et un espace intime. Accueillir un groupe qui arrive, deux personnes qui attendent, quelqu'un qui travaille seul, quelqu'un qui lit. Ces usages sont contradictoires si on les pense en termes de mobilier standard. Ils deviennent cohérents si on pense d'abord en termes de zones : réception, attente, passage, retrait. Chaque zone a ses propres règles de mobilier, d'éclairage, d'acoustique.
Le choix du mobilier signature dans un lobby n'est pas une décision esthétique — c'est une décision de communication. La pièce que vous placez au centre dit quelque chose sur l'hôtel avant que le client ait même parlé à la réception. Une sculpture en laiton patiné dit autre chose qu'un comptoir en marbre blanc. Dans les lobbies que nous avons dessinés, cette pièce centrale est toujours la dernière décision que nous prenons — et la première que les clients voient.