Il y a trois ans, un client m'a demandé pourquoi je n'utilisais presque jamais de velours. J'ai répondu : le velours est magnifique pendant deux ans. Ensuite, il s'écrase, il perd sa tenue, il appelle le changement. Ce n'est pas qu'il soit mauvais — c'est qu'il ne peut pas être ce qu'il prétend être. Certaines matières ne vieillissent pas, elles se détériorent. D'autres vieillissent, elles évoluent. Le lin, le laiton, le marbre font partie de cette deuxième catégorie.

Le lin froissé n'est pas un lin négligé. C'est un lin qui a été utilisé, qui a absorbé la vie de la pièce. Le laiton oxydé n'est pas un laiton mal entretenu. C'est un laiton qui porte sa propre histoire. Le marbre rayé sur un plan de travail n'est pas un marbre abîmé — c'est un marbre qui documente ce qui s'est passé dans la cuisine, dans la salle de bain, dans la bibliothèque. Ces matières acceptent le temps. Elles ne lui résistent pas. Et c'est précisément pour ça qu'elles lui survivent.

Dans nos projets, nous guidons nos clients vers ces matières en leur posant une question simple : dans dix ans, est-ce que cet espace doit être exactement le même, ou est-ce qu'il peut avoir vécu ? Presque toujours, ils choisissent le deuxième. C'est là que le lin, le laiton et le marbre entrent — non pas comme un choix esthétique, mais comme une philosophie du temps dans l'espace.