Le brutalisme a mauvaise réputation. On l'associe aux grands ensembles des années 70, au béton gris et froid, aux espaces qui écrasent l'humain. Mais le brutalisme original — celui de Le Corbusier, de Paul Rudolph, de Tadao Ando — n'était pas une esthétique de la froideur. C'était une honnêteté des matières. Le béton n'était pas habillé. Il était lui-même. Et dans les bonnes mains, cette honnêteté produit quelque chose que la finition parfaite ne peut pas donner.
Dans un appartement de prestige, le béton brut fonctionne à une condition : il doit être en tension avec le reste. Ce n'est pas une question d'utiliser du béton partout. C'est une question de choisir un mur, une colonne, un plafond — et de laisser cette surface parler, pendant que les autres matières répondent. Un mur en béton ciré face à un canapé en lin naturel. Un plafond brut sur un parquet en chêne blanchi. C'est cette dialectique qui crée l'émotion. Pas le béton seul.
Les projets résidentiels haut de gamme dans lesquels nous intégrons une touche brutaliste ne ressemblent jamais à des lofts industriels repensés. Ils ressemblent à des espaces habités par quelqu'un qui a un point de vue. Le béton est là parce qu'il crée un ancrage, une permanence, un contrepoint. Les textiles et les matières organiques arrivent ensuite, non pas pour adoucir une erreur, mais pour compléter un propos. C'est la différence entre décorer un espace et penser un espace.